L'idée lui est venue en 2006 pendant un voyage à New York. La scène culturelle y est très riche où que vous alliez, et spécialement dans les couloirs du métro où 4 million de personnes transitent chaque jour. Les stations de métro de New York sont pleines de musiciens dont c'est le gagne-pain, ce dont Marcelo Beraldo - créateur du 1er festival international pour les musiciens du métro en associacion avec Red Bull - s'est rendu compte à ce moment-là.
Il est revenu au Brésil avec une seule idée en tête : il fallait qu'il retourne à NYC pour découvrir plus avant cet univers. Sans surprise il choisit New York comme première étape de voyage autour du monde entre juillet et novembre 2009. Dans cette interview il nous révèle, entre autres, ses idées derrière tout ça.
Quelle rôle a jouée la ville de New York dans votre voyage ?
Marcelo Beraldo : New York a été le point de départ parce que je savais que j'allais y trouver ce que je recherchais : des musiciens qui interprêtent leur musique dans des stations de métro. Selon le premier amendement de la constitution américaine, qui défend la liberté d'expression, n'importe qui peut s'exprimer dans des lieux publics tant qu'il respecte les autres citoyens. C'est ainsi qu'au fil des années, les musiciens qui voulaient faire de leur passion un métier ont investi la totalité des stations de métro new-yorkaises.
La propre organistion des métros new-yorkais créa la MUNY (Music Under New York - Musique Souterraine de New York), un programme officiel qui permet aux musiciens certifiés de jouer dans les couloirs du métro. Ceux qui réussissent les auditions deviennent des musiciens enregistrés du métro de New York et bénéficient d'avantages et de privilèges en regard aux autres musiciens.
Avez-vous vraiment filmé tout votre périple ?
MB : Oui, j'ai acheté une caméra à New York, j'ai appris a l'utiliser et à monter mes films durant ces quatre mois. Durant ce voyage autour du monde, j'ai filmé la vie des stations de métro au jour le jour dans plusieurs villes et discuté avec beaucoup de personnes représentant l'autorité et beaucoup de musiciens souterrains que j'ai rencontré en cours de route. Parallèlement, je montais de courtes vidéos d'environ deux minutes, que je téléchargeais sur Youtube et que j'envoyais à quelques amis au Brésil qui ne comprenaient pas vraiment où je voulais en venir. Ces vidéos se composaient de fragments d'interviews et d'images du voyage. Petit à petit a germé l'idée de quelque chose qui promouvrait les arts de la rue, les musiciens du métropolitain, et c'est ainsi qu'est né le Red Bull Souderground, le premier festival international des musicien du métro.
Dans quelles villes les arts de la rue et les musiciens "souterrains" sont-ils les plus présents ?
MB : New York, sans l'ombre d'un doute, est la référence la plus importante, de par la qualité et le nombre des musiciens, et parce qu'ils ont mis en place MUNY. Mais il ne faut pas oublier Paris, Londres, Séoul, Barcelone et Montréal, qui disposent tous d'organisations officielles gérées par leurs exploitants des transports ferroviaires souterrains respectifs.
En réalité, à Montréal, les musiciens du métro gèrent eux-mêmes leur activité. Par exemple, ils savent tous que pour jouer aux meilleurs endroits, c'est au premier arrivé, premier servi. L'organisation indique simplement où se trouvent les meilleurs spots et tout le monde se respecte.
En général, les villes où l'on trouve le plus grand nombre de musiciens "souterrains" sont celles qui ont une street culture très développée, et ce n'est pas une coïncidence si elles prennent place dans des pays avec une longue tradition de démocratie et de liberté.
Où cela vous a-t-il été le plus difficile d'appréhender cet univers ?
MB : D'abord, dans les villes où rien d'officiel n'a été mis en place pour réglementer ces musiciens, car je ne pouvais trouver aucune information préliminaire sur internet. Même dans des lieux où il n'y pas d'autorisation officielle pour les musiciens de jouer dans le métro, leur présence est tolérée. On en trouve à Moscou et Pékin de manière très discrète, alors qu'à Madrid la tolérance est plus forte.
A Moscou et Pékin cela a été difficile de trouver des musiciens, à cause de la taille et de la complexité du réseau souterrain, de la liberté limitée dans ces pays et de la nature taciturne de leurs habitants.
Dans d'autres villes, je n'ai simplement rien trouvé, soit parce que les musiciens sont rares, comme à Lisbonne, soit parce qu'ils sont interdits, comme à Tokyo (qui possède le plus grand réseau ferroviaire souterrain) et à Hong Kong.
Combien de villes avez-vous visitées ?
MB : J'ai parcouru 17 villes, dont les 10 villes qui possèdent le réseau ferroviaire souterrain le plus important. Par ordre chronologique, je suis allé à New York, Londres, Amsterdam, Paris, Barcelone, Madrid, Lisbonnne, Moscou, St. Petersburg, Helsinki, Hong Kong, Tokyo, Osaka, Pékin, Séoul, Mexico et Montréal.
Quelle est la relation entre le public et les musiciens du métro ?
MB : Tout d'abord, j'ai remarqué, filmé et entendu de la bouche des autorités qui administrent le réseau souterrain que la réaction du public est directement proportionnelle à la qualité de musiciens. Sachant que les gens utilisent le métro pour se déplacer d'un point à un autre plutôt que pour écouter de la musique, c'est l'endroit parfait pour un artiste de faire ses armes. La réponse du public est immédiate, même s'ils ne connaissent rien à la musique. La bonne musique va droit au coeur. Donc si la qualité est au rendez-vous, les gens vont s'arrêter pour écouter attentivement quelques minutes. Si le musicien est mauvais, même sa mère ne va pas perdre son temps.
Quelques stations de métro effectuent des enquêtes de satisfaction. En moyenne, 95% des personnes interrogées approuvent fortement la présence des musiciens. Ces mêmes personnes cependant n'aiment pas les musiciens qui jouent à l'intérieur des rames. Les musiciens sont autorisés à jouer à des endroits dédiés, mais jamais sur les quais ou dans les rames. Pour ces raisons, les mêmes règles seront appliquées au Red Bull Souderground.
Une autre découverte importante des sondages est que le sentiement de sécurité des passager est renforcé par la présence des musiciens. Par exemple, une dame arrive de nuit dans une station quasiment vide. Si un musicien est présent, elle se sentira beaucoup plus protégée. Et si individu suspect se trouve dans la station, il y regardera à deux fois avant de tenter quoi que ce soit. J'ai envoyé les vidéos et cette information intéressante au métro de Sao Paulo.
Je dois aussi mentionner les réaction des enfants. J'ai observé et filmé leur comportement dans plusieurs villes. Ils sont les premiers à s'arrêter pour écouter la musique, faisant également ralentir leurs parents. Et ils sont toujours les derniers à partir.
Qu'offre l'environnement du métro aux musiciens ?
MB : A l'exception des rues, les stations de métro sont les places publiques les plus importantes de n'importe quelle métropole. Ces endroits offrent un contact direct avec le public, sans aucune interférence. Ainsi, les artistes disposent de la plus grande audience potentielle que peut offrir la ville. Beaucoup d'entre eux gagnent leur vie avec les pourboires et par la vente de CD dans les stations. Certains gagnent même des sommes substantielles.
De plus, le métro peut se révéler être le meilleur tremplin pour ceux qui veulent se lancer dans une carrière professionnelle. Le métro est un environnement ou l'artiste peut pleinement s'épanouir. C'est pour cela qu'il est important de promouvoir cet univers et d'encourager le développement de cette scène particulière où elle n'existe pas, comme à Sao Paulo. Beaucoup de musiciens célèbres comme Eric Clapton, Ben Harper, Madeleine Peyroux et Fela Kuti ont joué dans des stations de métro dans leur jeunesse.
Pensez-vous que promouvoir ce débat est le rôle principal du Red Bull Souderground ?
MB : Certainement. Le festival étant international, il va lancer le débat non seulement au Brésil, mais aussi à d'autres endroits qui devraient appréhender cette culture, même si elle est déjà présente. Après tout ce festival est unique au monde. Jamais auparavant un évènement n'avait réuni des musiciens du monde entier en un seul et même endroit. C'est pourquoi je suis reconnaissant envers Red Bull et le métro de Sao Paulo, spécialement son directeur Aluízio Gibson, le coordinateur de l'Ação Cultural Sandra Theodozio et Danilo Martire, le responsable culturel. Je crois aussi en l'importance que joue la musique dans la vie de tous les jours. Par exemple, j'adorerais aller à la station Sé et voir un employé de bureau apprécier un trio de musique du métro de Moscou.
Avez-vous l'intention de refaire le même voyage dans un futur proche pour voir quels changements sont survenus depuis que votre idée est devenue un festival ? Y avez-vous déjà pensé ?
MB : Je ne pense pas que j'aurais l'occasion de refaire ce voyage, mais mon objectif est que l'évènement Red Bull Sounderground se répète régulièrement dans d'autres villes de par le monde, et que j'en fasse partie.
Le voyage qui donna naissance au festival