Sacré défi. Pure folie ou folie pure ? Felix Baumgartner envisage de plonger dans le vide depuis la nacelle d’un ballon situé à 36 000 mètres au-dessus de nos têtes. Exploit inédit. D’ordinaire, un parachutiste n’a pas une carrière à rallonge. L'Autrichien n'en a que faire et enchaîne les exploits depuis quelques années. Baumgartner aspire, ici, à dépasser le mur du son.
Red Bull Stratos se définit avant tout comme un projet scientifique dans le sillage d’Excelsior. Le 16 août 1960, le Colonel Joe Kittinger sautait d’une altitude de 31 000 mètres. L’Américain est aujourd’hui le mentor de Baumgartner. Les deux hommes ne vont plus se quitter jusqu’à la réalisation effective du projet.
Si la peur n’évite pas le danger, le monde de l’inconnu reste bien présent dans Red Bull Stratos. Au cours de l’entretien qu’il nous a accordés, Baumgartner revient sur ces 24 derniers mois, particulièrement tendus pour les équipes concernées par cet insensé projet.
À partir de ce numéro, The Red Bulletin vous propose un feuilleton mensuel jusqu’au grand saut. Premier acte, un portrait saisissant du pionnier Joe Kittinger, un croquis explicatif très détaillé et, enfin, cette discussion désarçonnante avec Felix Baumgartner.

Premier acte. Felix Baumgartner Interview. 2 Janvier 2012, Salzbourg, Autriche.
« J’espère connaître une fin heureuse »
À quelques mois de son incroyable épopée, Felix Baumgartner détaille dans cet entretien les secrets de Red Bull Stratos. Du procès à la préparation, élancez-vous dans le vide avec The Red Bulletin et cet étonnant Autrichien.
The Red Bulletin : Felix, le projet Red Bull Stratos était aux abonnés absents pendant de longs mois. Que s’est-il passé ?
Felix Baumgartner : Arrêtons-nous un instant sur la période qui précède l’arrêt du projet (l’action en justice concernant la paternité originelle s’est réglée à l’amiable, ndlr). En décembre 2010, nous avions procédé aux derniers essais avec combinaison spatiale. J’ai alors réalisé que j’avais un réel problème là où je m’y attendais le moins. Un problème d’ordre psychologique lié à la combinaison. J’avais du mal à la porter. Plus les jours passaient, moins ça s’arrangeait. À la fin, je ne la supportais pas plus de deux minutes !
Pouvez-vous décrire les symptômes ?
La combinaison était censée être une deuxième peau. Ça n’a jamais été le cas. La perception et les mouvements sont limités. Une fois la visière fermée, le silence et la solitude sont oppressants. La combinaison devient une prison. Il ne nous est jamais venu à l’idée de faire un test préalable qui prévoit de porter la combinaison, visière fermée, pendant 5 heures, soit la durée totale de la mission. J’ai fait beaucoup de choses extrêmes dans ma carrière. Mais, à ce jour, personne, moi y compris, n’aurait pu penser que le simple fait de porter une combinaison spatiale pouvait mettre la mission en danger. Cela m’a mis dans un état de totale panique.
Vous exagérez là, non ?
Pas du tout, au contraire ! Lorsqu’il a fallu passer au test dans la cabine pressurisée en recréant les conditions réelles de la mission (-60° et pression atmosphérique de haute altitude) sous l’œil des caméras, du personnel de l’US Air Force et des scientifiques, j’ai compris que je n’y arriverais pas. J’étais dans l’impasse. J’avais courageusement surmonté jusque-là le prétendu obstacle de la chute libre et voilà que le mental me laisse tomber. Du coup, au lieu de me rendre à Brooks (Texas) pour le test, je suis allé à l’aéroport et j’ai fuis l’Amérique par le premier avion. J’en ai pleuré. Ce fut le pire moment de ma vie. Jusqu’ici, j’avais toujours su affronter les problèmes. À l’évidence, cette fois, mes limites ont été atteintes.
Évidemment, vous refusez d’admettre ces limites…
Les nombreuses expériences réalisées lors des entraînements l’ont été dans une démarche médicale ayant pour but d’optimiser ma condition physique et améliorer ma résistance au stress. Mais bon, ça fait 20 ans que je pratique les base- jumps les plus extrêmes. J’ai suffisamment fait preuve de résistance au stress sans avoir à passer des heures sur l’ergomètre. Le traitement du problème demandait donc une autre approche.
Lisez tout l'article dans l'édition de Février du Red Bulletin.

Red Bulletin: Le héros et le pionnier