Du 17 juin, date du vernissage, au 2 septembre prochain, venez découvrir le Bronx des années 80, à travers l’œil avisé de Sophie Bramly, qui retrace avec ses clichés l’évolution particulière de ce quartier légendaire de New York.
Sophie Bramly fut un témoin privilégié de l’émergence de la culture hip hop dans le Bronx au début des années 80. Ses amis de l’époque se nommaient Afrika Bambaataa, Futura, Kurtis Blow ou Crazy Legs. Elle les a photographié alors qu’ils étaient des légendes en devenir, sublimant un quotidien difficile par un talent débordant et une énergie sans limite. À l’occasion de cette exposition un peu spéciale, Sophie vous parle de son expérience new-yorkaise…
“Les premiers stigmates distinctifs du mode de survie local : tout miser sur les apparences…” – Sophie Bramly
« Il faut d’abord se souvenir du contexte de l‘époque. Au début des années 80, même en plein centre de New-York, un chauffeur de taxi, fut-il noir, ne s’arrêtait pas pour un autre noir s’il était habillé en jogging et baskets, alors signes distinctifs de ceux qu’on appelle en français et avec beaucoup d’affection des cailleras. Si la ségrégation était abolie depuis longtemps, elle avait laissé un peu partout des empreintes : peu de blancs dépassaient la 125ème rue et pour aller dans le Bronx, il fallait soit s’armer de patience et d’organisation et suivre un parcours complexe dans le métro, soit faire venir une voiture du Bronx, appelée très audacieusement “limo”. Voilà les premiers stigmates distinctifs du mode de survie local : tout miser sur les apparences… »
Le rap, le breakdance et les graffitis
« Downtown, il y avait la faune des branchés qui savait accueillir les “homies”, qui venaient montrer prouesses et inventions dans des clubs branchés comme le Pyramid ou le Roxy. Ils rappaient, mais depuis le succès du Sugarhill Gang en 79, une certaine familiarité avec le genre commençait à s’installer. Ils dansaient aussi, mais plutôt sur la tête, le coude, ou d’autres parties saugrenues du corps et là, le spectacle de ces bandes habillées à l’identique, se lançant des défis sur le sol des boîtes de nuits (recouverts de cartons pour l’occasion) en laissaient plus d’un ébahi. Il y avait des filles aussi, qui sautaient à la corde comme on ne l’enseignera jamais à l’école. Enfin, des graffitis artists, dont le talent au départ consistait à écrire leur nom partout, des noms féeriques, colorés, puissants, dans tous les endroits les plus ternes, laids et hostiles possibles. Il fallait savoir mettre un peu d’élégance là où on ne trouve que de l’hostilité. »
“Il fallait savoir mettre un peu d’élégance là où on ne trouve que de l’hostilité.” – Sophie Bramly
« Je ne me suis pas posé la question à l’époque de ce que je pensais du mouvement, j’ai suivi, c’est tout. A peine me suis-je laissée attendrir par les idées a priori simplistes de Afrika Bambaataa, leader d’une partie de la jeunesse du Bronx. Son principe était le suivant : tout le monde avait au moins un talent, il fallait l’exploiter au mieux, se surpasser tout le temps, se lancer des défis aussi. L’esprit de compétition améliore, oblige à aller plus loin ».
Sophie Bramly a commencé sa carrière comme photographe et s'est rapidement spécialisée dans le rap new-yorkais. Lorsque le mouvement a émergé, elle s'est naturellement tournée vers la production télé ; en 1987, elle crée notamment pour MTV Europe l'émission culte “Yo !” qui sera ensuite reprise par MTV U.S. Elle a délaissé l'univers de la musique en 2007 pour se tourner vers la sexualité féminine en créant le site Internet “secondsexe.com” et en produisant pour Canal + la série de films adultes “X Femmes”.
Venez découvrir son œuvre à l’occasion de l’exposition “1981 et plus”, à partir du 17 juin prochain, au 12Mail.
12 rue du Mail, 75002 Paris - www.12mail.fr / infos@12mail.fr
Sophie Bramly au 12Mail !