Luc Alphand

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À propos de Luc

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La double vie de Luc Alphand

De la Coupe du monde de ski au Dakar, l’itinéraire d’un hyper actif toujours en recherche de vitesse.

Le 6 août 1965, Luc Alphand franchit le portillon de départ et s’élance dans la vie à Briançon, chef-lieu des Hautes-Alpes. Ses racines, alors, sont puissamment implantées à quelques kilomètres de là, à Serre-Chevalier, station de sports d’hiver, havre de skieurs et de montagnards. « J’ai chaussé les skis très tôt, c’est vrai, à deux ans. Mais ne croyez pas ceux qui disent que j’ai su skier avant de marcher ! C’est une légende ! », prévient-il. Qu’importe ! Le fils cadet d’Aimé, guide de haute montagne taiseux et empreint de philosophie, Alphand se fond dans son univers blanc l’hiver avec délectation. Son enfance, entourée d’une famille aimante, construit sa nature d’homme, forge son goût de la nature, son appétit de sensations. Fonceur, téméraire même, il est un descendeur-né. Sans tarder, son panache blanc sur les planches laisse ses camarades des compétitions de jeunes dans l’ombre.

Champion du monde junior en 1983, Luc intègre l’équipe de France de ski à 19 ans et s’impose comme le leader du groupe de descente, celui des « top guns », leur surnom, les avions de chasse de l’alpin. Champion de France pour la première fois en 1985, il empile huit titres nationaux dans la discipline reine jusqu’en 1997. Mais, pour ce skieur sans peur et sans reproche, être meilleur Français n’est pas un but en soi. Après deux saisons de Coupe du monde sans résultat à la hauteur de ses ambitions, il bout d’impatience. En arrive à envisager de tout plaquer : « Dans un jour de ras-le-bol, en 1986 aux Etats-Unis, l’idée m’a traversé de reprendre des études dans une université du Colorado ! », dit-il. Plus tard, les blessures du corps succèdent aux bleus à l’âme. Fracture d’une vertèbre, d’un pouce, d’une cheville, déchirure musculaire, ligaments croisés, se plantent comme autant de banderilles dans son moral, sa carrière et son ascension. Mais Luc s’accroche. « Ca aurait été vraiment trop bête d’abandonner ».

Sommet alpin

Hiver 1995. Luc Alphand, devenu « Lucho », gagne LA descente, celle qui fait autant rêver qu’elle impressionne, Kitzbuhel. Celui qui dompte la Streif entre définitivement dans le cercle des grands hommes. Luc le fait doublement puisqu’il s’impose deux fois dans la même journée. Un triomphe en forme de revanche sur cette montagne qui l’a tant meurtri. Et un peu le happy end d’une histoire à la « je t’aime moi non plus » avec le ski de compétition. A la fin de la saison, il enlève aussi son premier petit globe de cristal de descente, trophée du vainqueur de la Coupe du monde de la spécialité. En 1997, il atteint le sommet et conquiert le gros globe du vainqueur de la Coupe du monde au classement général. Alphand devient un monument du sport.

Jusqu’alors partagée entre supporters indéfectibles et sceptiques, Serre-Chevalier devient définitivement « Alphand-city ». Partout, on y célèbre l’enfant du pays. Une piste est même rebaptisée à son nom ! « Ca fait plaisir, mais c’est peut-être un peu trop… », comment alors l’intéressé, toujours humble. Enfin, l’Hôtel de la Balme, tenu par ses parents, fait office de centre du village, l’endroit où il faut aller à Serre-Che… En son for intérieur, le champion savoure l’honneur, mais sa discrétion de montagnard en souffre tout de même un peu.

En 1992, Luc épouse Anna-Karin, une Suédoise. Son complément de caractère. Ils auront une fille (l’ainée) et deux garçons aussi turbulents que leur géniteur. Mais l’éducation se fait aussi selon la méthode suédoise : « Là-bas, les punitions corporelles sont interdites. », dit Luc. Attentif à l’évolution de sa progéniture, Luc s’émerveille aujourd’hui des exploits d’Estelle sur les skis.

Avec son frère ainé, Lionel, il a également entrepris depuis 1984 de restaurer la bergerie du Pimouget, legs de sa grand-mère paternelle. L’interminable chantier s’achève en 1997, au moment où Luc arrive à un carrefour professionnel. Sa carrière va alors bifurquer. A l’apogée de ses performances sur les skis, après 11 victoires, trois Coupes du monde en descente et une au général, il décide de quitter le cirque blanc. Alphand change de combinaison, troquant celle du descendeur pour celle de pilote automobile. Les rubans de bitume et les chemins entre les dunes du désert supplantent les goulets verglacés. Mais il est toujours question de pistes, de trajectoires et d’adrénaline.

Nouvelle aventure

Le deuxième chapitre de la carrière de Luc s’ouvre avec la création du Team Luc Alphand Aventures en 1998, structure destinée à la compétition automobile et dans laquelle il est associé avec son ami Philippe Poincloux. Passionné de sports mécaniques, il s’engage dans une voie tracée auparavant avec des succès différents par Bob Wollek, Patrick Tambay et Jean-Claude Killy… Objectifs : les rallyes-raids et le circuit, les 24 Heures du Mans surtout.

Lancé dans son premier Dakar en janvier 1998 sur un Mitsubishi Pajero privé, il subit un baptême à la mode africaine : « Ca c’est terminé par une histoire de fous ! Parti dernier avec 5 heures de retard du bivouac de Tidjikja à cause d’une panne, je fracasse la voiture sur un rocher. Une tempête de sable nous tombe dessus. Mon copilote et moi sommes sauvés par un Touareg qui nous abrite dans sa tente avec sa famille. Coup de chance, un hélicoptère du rallye survole la zone et finit par nous repérer. En catastrophe, avec mon copilote, nous nous ruons vers lui après avoir offert notre trousse de secours en remerciement. »

Aussi bien sur les dunes d’Afrique que sur les circuits de France, Luc apprend vite et obtient rapidement la reconnaissance du milieu automobile. Menant un double programme, rallyes-raids et coupe Porsche en circuit dès 1999, il s’affirme comme un vrai pilote tout terrain. Il remporte la Coupe du monde T1 Marathon cette année-là et termine deuxième du championnat B de Carrera Cup. La machine est lancée.

Ses progrès fulgurants, son charisme et sa popularité ne tardent pas à générer les propositions. Constructeur-pilote de buggy dans les années 90 et vainqueur du Dakar en 1999 et 2000, Jean-Louis Schlesser réussit ainsi un joli coup médiatique en 2000 : il construit et engage un 4X4 sur la base d’un Renault Kangoo qu’il confie à « Lucho ». L’affaire s’achève sur un pépin mécanique. Trouvant la voiture abandonnée sur la piste, sans capot, une amie journaliste finit par trouver le pilote et son copilote, Arnaud Debron, abrités du soleil sous un parasol-capot, en pleine lecture de l’Equipe !

Bon et mauvais karma

Parallèlement, Luc réalise un rêve en prenant le départ des 24 Heures du Mans pour la première fois en 2001 sur une Porsche GT2. Le début d’une longue histoire d’amour avec la Sarthe. Il installe le Team Alphand Aventures dans le Technoparc du Mans, au bord du mythique circuit, en 2002. Son voisin s’appelle Henri Pescarolo. Et sa participation prend plus de force au fil des années, avec l’engagement d’une, puis deux Corvette ex-usine, couronnée par une troisième place en GT1 (et septième au scratch) en 2006.

Cette année-là, il connaît une quarantaine rugissante et triomphante. En janvier déjà, après une série de victoires de catégorie, promu pilote officiel Mitsubishi, Luc remporte le Dakar devant son équipier Stéphane Peterhansel, maitre de l’épreuve en moto puis en auto. Il s’éclate au Sénégal : « à Serre-Chevalier, ce sera énorme, mieux qu’un titre olympique ! »

Il n’est pas superstitieux. Pourtant, est-il victime d’un retour de manivelle de la chance, d’un mauvais karma ? Abandon au Dakar argentin, premier abandon en neuf participations aux 24 Heures du Mans, 2009 ne souriait déjà pas à Luc Alphand. Mais une méchante chute lors d’un enduro en moto le 28 juin lui a fait craindre le pire. Heureusement, malgré deux vertèbres fracturées, il conserve l’usage de ses membres et engage sa rééducation au même rythme. Lui l’hyper actif, incapable de rester en place plus d’un quart d’heure, il a connu la plus belle peur de sa vie. De retour à l’école de la patience, il se prépare sans doute à de nouveaux défis. Le début d’une troisième vie ?

Le saviez-vous ?

-         Luc Alphand et Stéphane Peterhansel sont « jumeaux cosmiques », nés le même jour, la même année.

-         Luc Alphand a été élu champion des champions par l’Equipe en 1997

-         Avec son frère Lionel, à Serre-Chevalier, il brasse une bière appelée L&L Alphand.