Michel Bourez

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Michel Bourez, le talent des îles
Porte-drapeau du surf tahitien et français, Michel Bourez est en passe de réussir ses débuts sur l’ASP World Tour. Dans son viseur, en cette saison 2009, le titre de rookie de l’année !
Rurutu, cette île de l’archipel des Australes juché à califourchon sur le Tropique du Capricorne, avance une réputation de pépinière à hommes forts. De la trempe des leveurs de pierres. Les vainqueurs du « Tu’aro Rurutu », le rendez-vous des biscottos de l’île, sont régulièrement champions du "Heivā Tū’aro Mā'ohi", qui réunit les meilleurs « Obélix » de la région.
Michel Bourez, lui, a rapidement échappé à cette destinée « d’homme biscotos ». Ni son gabarit (1,75 m et une ligne impeccable) ni sa nature, nerveuse et agitée, ne lui auraient permis de prendre place au milieu de ces conquérants de l’immobile. « Je bouge même quand je dors », précise Michel.
L’enfant des îles n’est pas resté bien longtemps à Rurutu. Rapidement, sa famille est venue s’installer à Tahiti Nui, précisément à Mataiea, au sud de Papeete, la capitale. C’est là, qu’après avoir barboté dans les eaux chaudes du Pacifique en compagnie de son grand frère, Michel découvre le surf, vers 13 ans. A Papara, il enroule ses premières vagues, se fait la main sur un spot paisible ; il s’y fait également remarquer, tape dans l’œil de Dave Kelly, propriétaire d’un surf shop local, qui devient son premier sponsor. A 17 ans, le gamin de Rurutu n’a pas peur de grand-chose, et surtout pas de ces spots où les rouleaux ont la réputation de broyer les imprudents. Les études ne sont pas vraiment son truc, son talent commence à faire parler de lui et sa nature batailleuse trouve dans la compétition de quoi assouvir sa soif de victoire.

Slater en trophée
Le Polynésien met ses pas dans les pas de ses idoles, Heifara Tahutini et Hira Deriinatoofa. Les deux ont fait rêver toute la Polynésie en devenant, l’un après l’autre, champions du monde dans le circuit semi-pro. « Ils étaient mes idoles, mes modèles, j’aime les mêmes vagues qu’eux, à savoir les grosses vagues et les beach breaks. J’ai bien conscience que, aujourd’hui, c’est moi qui suis devenu un modèle pour les jeunes Tahitiens, avec ce que cela implique comme responsabilités. »
C’est que la vie de Michel Bourez a bien changé en quelques années. Son statut également. Ses victoires au Rip Curl Liencres Pro Junior en 2004 (2 étoiles), puis son premier succès en WQS, l’antichambre du circuit élite (Océan & earth Pro aux Canaries en 2005) l’ont guidé vers son premier sacre : le titre de champion d’Europe ASP en 2006. Michel ôte son costume de « bon espoir en devenir » pour celui de « phénomène en pleine éclosion » lorsque, lors du Quicksilver Pro France, il « tape » l’Hawaiien Andy Irons lors du premier tour et s’offre, en fanfare, Kelly Slater au 3e. Rebelotte l’année d’après, toujours à Hossegor, où le Tahitien, présent grâce à une wild-card, scalpe tour à tour les deux Australiens du Top 5 mondial Joel Parkinson au 2e tour, puis Bede Durbidge !

 

Haleiwa dans sa besace !
Sur un petit nuage, Michel décroche sa lune dans la foulée, signant un invraisemblable succès dans le six étoiles hawaiien de Haleiwa, épreuve mythique du circuit WQS. « Cette compétition, même dans mes rêves je n’imaginais pas la gagner un jour. J’avais mis ma limite un peu plus bas que ce six étoiles, qui est énorme. »
En découvrant son potentiel dans les vagues hawaïennes – et en terminant 2e du classement général du WQS 2008 -, Michel passe au guichet récupérer son billet pour l’ASP World Tour. Depuis ses débuts sur le circuit élite, cette année, l’enfant de Rurutu ne cesse d’apprendre le métier. En juin, il signe son premier top 10, puis un autre et encore un autre, allant même jusqu’à pointer dans le Top 20 mondial, courant septembre.

Fossé bientôt comblé ?
« Je suis vraiment en apprentissage et je commence à comprendre la différence, le fossé, qu’il y a entre le WQS et l’ASP. » Quel fossé ? Celui creusé par la technique et l’engagement : ce qui suffisait pour passer un tour en WQS est loin de faire la différence en élite. Alors Michel travaille, tente de nouvelles choses en free surf avec cette certitude : « si ça passe en free, ça passe en compétition », comme s’il devait encore souligner ce moteur que constitue sa rage de vaincre.
Son objectif 2009 ? Pourquoi ne pas décrocher le titre de rookie de l’année ? A 23 ans, le Tahitien se verrait bien sacrer meilleur jeune de la saison 2009, au nez et à la barbe du Hawaiien Kekoa Bacalso, qui avait été sacré champion du monde junior 2006 juste devant Michel. Lequel concède avoir un défaut, et un gros : il est rancunier, terriblement rancunier… De là à imaginer que moucher le trapu hawaiien pourrait bien être une motivation ultime d’ici la fin de l’année, il n’y a qu’un pas. Un tout petit pas…